Nous exigeons le retour et le maintien des 2 ouvrages censurés

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"La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure."  Victor Hugo, 1830.

 

 

Nous nous associons sans restriction à l'initiative des animateurs et animatrices, responsables des bibliothèques-centres de documentation et des espaces premiers livres, réuni(e)s en comité de pilotage, en réaction à la décision de la Direction des Affaires Scolaires demandant le retrait de deux ouvrages, validés en amont par le comité de lecture de Paris-Corvisart. 

 

Ce comité, nous le rappelons, est constitué de représentants de l'Education Nationale, d'animateurs et animatrices dont la fonction est d'élaborer des ateliers autour du livre à des fins pédagogiques, et présidé par M. Robert Caron, Directeur du Centre Paris-Corvisart, appartenant lui-même à l'Education nationale. 

 

Ces deux ouvrages, plébiscités par les enfants, - le "Dictionnaire fou du corps" de Katie Couprie, aux Editions Thierry Magnier et "Beta...civilisations" de Jens Harder, co-édité par les Editions Actes Sud-L'An 2 - ont été expérimentés dans de nombreuses actions-lecture, préparées et coordonnées en partenariat avec les équipes enseignantes. Ils ont été choisis avec et pour les enfants.

 

Les deux ouvrages précités ont été sélectionnés en lien avec les services de la Dasco et toutes les instances concernées comme le prévoit l'article 14 de la convention relative au plan Paris-Lecture. 

Nous rappelons qu'avant d'être publiés et répertoriés en littérature jeunesse, les ouvrages sont soumis à l'approbation d'une commission qui vérifie que l'œuvre est bien conforme à la loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n°2011-525 du 17 mai 2011. Celle-ci définit légalement les contours éditoriaux du champ de la littérature pour la jeunesse en langue française. Cette autorité gouvernementale en a permis la publication et la diffusion.

 

Nous aimerions comprendre ce revirement soudain de la part de la Dasco qui considère néanmoins que ces ouvrages sont d'une grande qualité. Nous citons les propos de M. Vincent Larronde, adjoint de la sous-directrice de la politique éducative, Florence Gaubout-Deschamps, à l'initiative du courriel exprimant la décision de l'administration à retirer les deux ouvrages des bibliothèques-centres de documentation et espaces premiers livres : "Les ouvrages sont d'une grande qualité, c'est d'ailleurs pour cette raison que l'on a décidé de les acheter. Et il ne s'agit pas du tout d'une censure - le terme ne correspond ni à notre philosophie ni à notre attitude. Les vignettes évoquées ne sont pas choquantes dans l'absolu, mais renvoie à des éléments qui sont potentiellement choquants. Et cette appréciation découle de ce que l'on est, soi, comme individu."

 

Nous rappelons, en cette occasion, les propos de Sylvie Vassalo, directrice du salon du livre de Montreuil : "La littérature jeunesse permet d'appréhender toutes sortes de questions mais sans règles morales [...] Elle leur apporte une multiplicité de regards d'artistes qui vont toucher leur sensibilité et leur permettre d'entrer dans la complexité du monde. De devenir soi."

 

Nous nous accordons avec M. Thierry Magnier, directeur des éditions d'Acte Sud junior et des éditions Thierry Magnier, qui déplore cette situation et attend du Maire de Paris une position claire sur cette décision de rappel des deux ouvrages sous prétexte de vignettes hypothétiquement choquantes avant d'entamer une communication au niveau national. Nous citons, ici, l'éditeur : "Le caractère malsain des vignettes dans le Dictionnaire, ce sont les censeurs qui le voient. Et dans leur comportement, il y a une accusation, portée contre les professionnels [...] Les images dans lesquelles l'adulte projette ses fantasmes, l'enfant ne leur attribue pas la même dimension : devant une paire de seins, un gamin et son copain vont rigoler, mais seul, il lira avec attention, en cherchant des informations." Cela s'appelle la curiosité et, cela, c'est se confronter à la réalité ! 

 

Nous sommes en droit de nous poser la question. Quelles sont les voix "discordantes" à l'origine du retrait des deux ouvrages des bibliothèques scolaires ?

 

Nous citons encore M. Vincent Larronde qui attribue cette décision aux "équipes de terrains [qui] nous ont fait remonter que deux d'entre eux pouvaient potentiellement choquer les enfants ou leurs parents."

Cela nous paraît douteux ! Nous poursuivons avec les propos de M. Vincent Larronde : " Nous accuser de censure revient à nous faire un procès d'intention, alors que nous avons, au contraire, aucune intention de retrait ni d'empêcher l'accès à ces livres. Dans une bibliothèque de prêt - et plus une bibliothèque d'établissement scolaire - les enfants ont des référents adultes, leurs parents, la sphère familiale, qui peuvent les accompagner."

 

Les animateurs de "bibliothèques scolaires" disposent de formations initiales et continues dont les axes pédagogiques permettent aux enfants d'entrer en contact avec une multiplicité de livres, d'approfondir une problématique, de s'entraîner à l'expression orale et écrite, à l'argumentation...

Ces formations spécifiques visent donc à l'accompagnement des enfants dans la lecture et à l'interrogation de l'usage des livres.

 

La ville de Paris doutent-elle des formations qu'elles délivrent aux animateurs en charge des espaces-lecture pour refuser d'endosser la responsabilité des propositions de listes d'ouvrages soumises aux deux partenaires et de l'utilisation qui en est faite ?  Peut-elle être confiante dans le discernement de ces mêmes animateurs ?

Ces mêmes animateurs savent très bien que les préoccupations des enfants sont très éloignées des obsessions de ceux qui disent vouloir les protéger. Mais contre quoi ?

 

Nous ne pouvons qu'être totalement opposés à ce retrait et ne pouvons que juger inappropriée la décision de notre sous-directrice de la politique éducative. Serait-elle une adepte du politiquement correct ? Auquel cas, qu'elle prenne la décision logique de cantonner les enfants à l'intérieur des murs des centres de loisirs !

 

Nous lui rappelons que les livres et les éditeurs courageux sont là pour nous éviter une sclérose non seulement des mentalités mais de la pensée. Nous affirmons que nous préférerons toujours les livres "engagés" plutôt que ceux "encagés", passablement vide de sens mais plein d'injonctions.

 

Le Syndicat CGT Animation demande que Mme Florence Gaubout-Deschamps revienne sur cette décision, contre ces voix ombrageuses, affirmant ainsi la dimension professionnelle des animateurs. 

 

Nous exigeons le retour et le maintien dans tous les bibliothèques-centres de documentation et espaces premiers livres.

 

Des pressions s’exercent pour récupérer les livres. Ne cédez pas ! 

 

Nous sommes à votre disposition au n° suivant : 01 42 76 40 87

 
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